SOPHIE LIBERMANN
a participé à : masterclass #1 – 2025
”Quand j’ai décidé de m’inscrire à la Masterclass Oeildeep, j’avais une idée de série de photographie documentaire très précise qui me tenait à cœur depuis longtemps. Ne sachant pas trop comment l’aborder, j’avais envie d’être accompagnée, d’être aidée, afin de cheminer étape par étape dans sa construction.
Lors du premier week-end de la Masterclass, j’ai présenté cette idée aux formateurs ainsi qu’au reste du groupe. J’ai pris note de leur remarques et conseils qui m’ont permis de préciser l’orientation de ce sujet.
Dans ce même temps, un décès dans ma famille a fait que je n’ai finalement pas traité ce sujet initial et, s’est imposée à moi, une série beaucoup plus personnelle.
J’ai construit cette nouvelle série avec beaucoup de doutes et d’incertitudes, accompagnée avec des avis parfois divergents sur la façon d’enrichir mon propos, mais toujours de façon très douce et bienveillante. Merci de m’avoir soutenue dans cette démarche qui m’a permis d’arriver au bout de cette série, qui m’était important de réaliser pour faire trace, avant que tout ne disparaisse.
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SOPHIE LIBERMANN
a participé à : masterclass #1 – 2025
”Quand j’ai décidé de m’inscrire à la Masterclass Oeildeep, j’avais une idée de série de photographie documentaire très précise qui me tenait à cœur depuis longtemps. Ne sachant pas trop comment l’aborder, j’avais envie d’être accompagnée, d’être aidée, afin de cheminer étape par étape dans sa construction.
Lors du premier week-end de la Masterclass, j’ai présenté cette idée aux formateurs ainsi qu’au reste du groupe. J’ai pris note de leur remarques et conseils qui m’ont permis de préciser l’orientation de ce sujet.
Dans ce même temps, un décès dans ma famille a fait que je n’ai finalement pas traité ce sujet initial et, s’est imposée à moi, une série beaucoup plus personnelle.
J’ai construit cette nouvelle série avec beaucoup de doutes et d’incertitudes, accompagnée avec des avis parfois divergents sur la façon d’enrichir mon propos, mais toujours de façon très douce et bienveillante. Merci de m’avoir soutenue dans cette démarche qui m’a permis d’arriver au bout de cette série, qui m’était important de réaliser pour faire trace, avant que tout ne disparaisse.
UN DIOGÈNE EN HÉRITAGE
Le 13 février 2025, Brigitte est emportée par un cancer contre lequel elle a livré bataille pendant ces deux dernières années. Elle avait 75 ans.
Célibataire sans enfant, Brigitte était cousine avec mon père. Elle a toujours fait partie de ma vie, pas au quotidien, mais elle était là, année après année, lors des repas de famille qui ponctuaient les grandes fêtes du calendrier.
Anthropologue de formation, passionnée par l’Afrique, l’Asie, les cultures du Monde et la Philosophie, elle a vécu en se mettant au service des populations immigrées, en leur apportant écoute et conseil.
Propriétaire d’un appartement, elle avait, étonnamment, élue domicile dans une petite chambre d’un hôtel du 19ème arrondissement parisien situé tout près de chez elle. La patronne, attendrie par ce personnage haut en couleur, avait fini par l’accepter comme locataire à demeure.
Brigitte combattait la maladie rassurée par la présence du veilleur de nuit.
Voilà ce que l’on a cru ces dernières années. C’était un peu étrange, mais compréhensible. La réalité était en fait tout autre.
Lorsque j’ai poussé la porte de son appartement, le choc, l’impensable, l’insoupçonnable ! Je me suis trouvée face à un mur d’objets, une dune de choses entassées, une accumulation invraisemblable d’objets en tout genre recouverts de poussière. Et puis, surtout, des livres, partout encore et encore des livres. Des piles, des pyramides, des amoncellements à en faire un tapis épais, des livres et des livres, des montagnes de livres.
Telle une anthropologue j’entre dans son monde. Je tente également de comprendre pourquoi le syndrome de Diogène s’est immiscé dans sa vie et a grignoté petit à petit son domicile et son quotidien.
Je découvre les spécificités de ce syndrome. J’apprends que dans la plupart des cas, les personnes touchées ne ressentent plus le besoin de prendre soin d’eux, tant en matière d’hygiène corporelle que de présentation. Elles accumulent compulsivement de grandes quantités d’objets hétéroclites et inutiles qui peuvent être soit soigneusement ordonnés ou entassés dans le désordre le plus total.
Je comprends mieux le comportement de Brigitte depuis une quinzaine d’années, ses stratagèmes pour ne jamais ouvrir la porte de son appartement, ses fausses excuses, ses explications invraisemblables pour ne surtout pas éveiller le doute sur cet état.
Comment et pourquoi en était-elle arrivée là ? Je comprends vite que je ne trouverai aucune réponse en remuant son appartement. Alors, j’arrête de chercher des explications pour lesquelles je n’aurai jamais de certitude et je décide de me concentrer sur cette belle personne qui me comprenait, que je garde en mémoire et à qui j’ai envie de rendre hommage.
Je décide de laisser parler ses effets personnels pour qu’ils racontent à leur manière les obsessions de Brigitte.
Vivre chez soi en dormant sur un amoncellement de livres, de papiers et d’objets divers. Vivre chez soi sans sanitaire accessible et utilisable.
Les pièces ont perdu leur fonction. Les toilettes sont devenues un cagibi qui vomit de vieux vêtements et des sacs si nombreux que l’on ne peut les compter. La salle de bains peine à conserver sa fonction initiale : un mince filet d’eau coule encore du robinet d’eau froide, celui de l’eau chaude semble, lui, ne plus fonctionner depuis longtemps tant il est grippé. Le fond de la baignoire disparaît sous les sceaux et les sacs entreposés. Les vêtements démodés à l’usure criante ont également envahi l’espace et sont accrochés sur des cintres pendus à la place du rideau de douche.
Voilà ce qui reste de la vie de Brigitte : des livres à ne plus savoir qu’en faire, des livres qu’une vie ne se suffirait à parcourir, des livres orphelins qui ont accompagné sa vie et occupé ses mains qui n’en avaient pas une autre à serrer.
